Presse 2.0 ou buzz qui cherche son nom ?

Mathieu Flex a posté un billet présentant l’initiative de Red Bull à propos de son magazine revendiqué par la marque comme étant 2.0 (lire l’article). The Redbulltin #9 intègre en effet de la réalité augmentée. Sur cette opération, je rejoins Frédéric Domon qui se demande où est le participatif, autrement dit en quoi ce magazine est 2.0.

Le numéro d’octobre de The Redbulletin, édité par la marque Red Bull, vient d’être publié. Il s’agit d’un brand magazine assez classique : 100 pages principalement consacrées au sport et un peu à la vie nocturne qui s’adressent clairement à un public jeune, coeur de cible de la marque. On pourrait reprocher une maquette un peu chargée, mais là n’est pas le sujet.

La nouveauté de ce neuvième numéro réside dans l’intégration d’éléments – j’en ai compté 7 – de réalité augmentée. On parle beaucoup de réalité augmentée, Philippe Sartori en a parlé ici, et Mathieu Flex notamment ici. A la vue des exemples qu’ils proposent, on ne peut qu’acquiescer quant au potentiel de cette technologie.

Voici de quoi il retourne pour l’expérience du The Redbulltin. Dans certaines pages, une icône est inséré dans une page. Le lecteur est alors invité à placer ladite page devant sa web cam (via un site dédié). Apparaissent alors à l’écran des informations complémentaires intégrées dans la page.

J’ai tenté l’expérience en imprimant une page (n°20), n’ayant ni eu la chance d’acquérir un des 2 millions d’exemplaires distribués (où sont-ils parmi les 146 pays où Red Bull est présent ?), ni l’intention d’imprimer les 100 pages, développement durable oblige ! En présentant la page devant ma webcam, une vidéo s’est lancée m’offrant un clic musical de je-ne-sais quel artiste. En effet, un l’instar du démonstrateur de la vidéo ci-dessus, j’étais tellement concentré à bien positionner ma page, je ne me suis pas du tout intéressé au contenu proposé.

Du coup, deux questions se posent quant à cette initiative de communication. La première concerne donc les contenus complémentaires proposés. Etant donné l’inconfort pour y avoir accès (la page doit être imprimée, positionnée de manière immobile devant une webcam), je me demande si l’utilisateur ne sera pas, une fois l’émulation de la nouveauté passée, lassé de telles contraintes. A l’heure où les plateformes collaboratives proposent des solutions simples et de plus en plus ergonomiques d’accès, de diffusion et de partage de l’information (une vidéo Youtube m’intéresse, je la partage sur mes différents profils en un clic), je m’aperçois que l’expérience du The Redbulltin a ici une valeur de gadget uniquement destinée à créer du buzz.

Cette réflexion se confirme lorsque je lis que Red Bull revendique une expérience de « print 2.0″. Rappelons – encore une fois ! – ce qu’est le 2.0. Il s’agit d’un mode d’échange bilatéral dans lequel, en communication par exemple, une conversation est enclenchée entre une marque et les membres de sa communauté (clients, partenaires, collaborateurs, etc.). Dans l’exemple du The Redbulltin, rien ne relève du 2.0. Par contre, dans la mesure où plusieurs technologies sont intégrées, nous pourrions aisément parler de « multimédia », même si le terme peut sembler très XXème siècle.

Soyons clairs, loin de moi l’idée de remettre en question l’intérêt et la pertinence de la réalité augmentée. Je précise seulement qu’à mon sens cette technologie n’a rien de 2.0 puisqu’aucune fonction participative et conversationnelle ne lui est associée. Comme le montre de nombreux exemples proposés dans les articles cités plus haut, il s’agit plus d’une technologie dont la fonction principale est d’apporter un bénéfice aux utilisateurs quant à leur expérience (du produit, de la marque, etc.) ou de leur proposer un nouveau type de service. Si ces bénéfices génèrent par la suite du participatif entre la marque et ses communautés, nous pourrons parler de 2.0, pas avant.

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5 Responses to Presse 2.0 ou buzz qui cherche son nom ?

  1. Je suis d’accord sur l’analyse, et c’est aussi pour ça qu’en conclusion je rappelle que la marque est surtout contente de présenter ça comme une première mondiale… De même que je suis d’accord avec la dénomination 2.0 (c’est eux même qui l’appellent comme ça). Mais comme précisé sur mon blog, au delà de la praticité de l’exemple et de la viabilité réelle de cette opération précise, ça va surtout mettre la réalité augmentée sous le nez de 2 millions d’utilisateurs potentiels. Et ça, c’est énorme.

    Pour le moment, la RA est une friandise de geek, de communicants un peu au courant et de vidéastes qui y voient un nouveau terrain de jeu. Mais les applications concrètes sont amenées à se développer, et pour ce faire, il faut habituer le grand public à la technologie et lui donner envie d’en voir plus.

    Personnellement, c’est en me demandant si la R.A avait vraiment un intérêt que j’ai fait les premiers dossiers. Beaucoup d’exemples qui passent ne sont que de la jolie poudre aux yeux, mais certains sont vraiment bluffants (ex : la possibilité pour l’internaute d’essayer virtuellement des habits qu’il souhaite acheter sur un site de vente en ligne).

    Nous n’en sommes qu’aux prémices, et je pense que les 2 prochaines années vont nous apporter de jolies surprises.

  2. Merci Matthieu pour ces précisions.
    Je suis convaincu comme toi que la RA promets des initiatives intéressantes. Toutefois, je pense que dans un premier temps une approche en tant qu’outil ou service est à privilégier. Dans un projet éditorial je pense qu’il faut réfléchir très sérieusement au sujet pour éviter de tomber dans l’écueil de la poudre aux yeux.

  3. Problème : nous sommes dans une époque de poudre aux yeux. La majorité des OP de Marketing Alternatif sont bidons et juste destinées à faire des RP pour les marques et les agences, et les festivals sont remplis de pubs très créatives mais qui sont passées une seule fois dans tel ou tel magazine…

    Sinon, je suis en train de finaliser un autre dossier sur la RA, qui pousse la réflexion plus loin que ce petit effet d’annonce. A venir sous peu, quand j’ai le temps de m’y poser.

    Et pour terminer : mon prénom ne prend qu’un T !

  4. Merci Mathieu, je suis impatient de lire ton dossier.

    Je te trouve par ailleurs un peu dur avec les dispositifs alternatifs. Mais là, c’est un autre débat (auquel je serai ravi de participer).

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